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31.03.2024 à 03 H 15 • Mis à jour le 31.03.2024 à 03 H 16 • Temps de lecture : 4 minutes
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Urbanisme Casablanca : entre passé méconnu et héritage colonial

Vendredi 29 mars, Casamémoire a accueilli Ahmed Hamid Chitachni, à la Coupole du parc de la Ligue Arabe, pour la présentation de son livre : « Casablanca 1907-1956 : La démesure de l'urbanisme ». Retour vers une mémoire oubliée

L'ouvrage d'Ahmed Chitachni, politiste, essayiste et chercheur en anthropologie urbaine, publié par les éditions La Croisée des Chemins et préfacé par Mohamed Haddy, professeur de l'enseignement supérieur à l'Institut national d'aménagement et d'urbanisme de Rabat, offre une analyse de la transformation de la ville de Casablanca et de son impact sur l'ensemble du Maroc. Intitulé sobrement « Casablanca 1907-1956 - La démesure d'un urbanisme », ce livre propose une rétrospective de l'évolution de Casablanca.


Casablanca et les secousses du temps

Le passé lointain de Casablanca est souvent négligé. Certes, il existe une abondance de littérature à ce sujet. Cependant, cette littérature se concentre principalement sur la période coloniale, ce qui alimente l'idée erronée selon laquelle Casablanca serait le produit du protectorat. Ce malentendu est souvent entretenu par la puissance protectrice.


Les origines d'Anfa, l'ancêtre de Casablanca – Dar el Beida -, ne sont pas clairement établies. Selon l'Espagnol Luis Marmol Carjaval, qui y fut retenu prisonnier au XVIe siècle, elles se perdaient dans la nuit phénicienne. Léon l'Africain, quant à lui, les fait remonter à l'époque romaine. Les historiens marocains, pour leur part, attribuent la création d'Anfa aux Berghouata.


Par quatre fois, le site fut secoué par les vicissitudes du temps : le sultan almohade, Abdelmoumen, résolu à effacer de la carte l' « hérétique » Anfa, fit passer ses habitants au fil de l'épée.


Indigné de voir ses navires pris pour cible par des pirates depuis le port d'Anfa, le Portugal y envoya une armée avec pour mission de la détruire totalement. En 1765, la ville fut frappée par un terrible séisme. En réponse à des émeutes ouvrières prétendument « fomentées » par des autochtones, la marine française bombarda la ville en 1907, marquant ainsi le début de la conquête du Maroc.


Développement urbain et mutations architecturales

Casablanca devint aussitôt le terrain d'expérimentation de l'urbanisme. La spéculation se déchaîna jusqu'à ce que le plan de Henri Prost y mette un terme en 1917. Ensuite, Albert Laprade intervint, possédant une connaissance approfondie de la tradition locale. C'est à lui que la ville est redevable du parc Lyautey et du quartier des Habous, un pastiche ingénieux des médinas impériales.


Vingt ans plus tard, l'ossature du centre de Casablanca se renforça avec la construction de l'hôtel de ville par Marius Boyer. Il compléta ainsi l'ensemble architectural constitué par la poste, conçue par Adrien Laforgue, et le palais de Justice, réalisé par Joseph Marrast.


Hôtel de ville de Casablanca. Crédit: Agence Imaginium / Le Desk


Casablanca se distinguait comme un lieu d'innovation architecturale unique dans l'espace colonial français. Depuis que l'ancien bastion de corsaires, promu ensuite cité-phare, a échangé sa vêture élégante contre les oripeaux de la mégapole vibrionnante et échevelée, des pans entiers de sa mémoire architecturale ont été abattus…


Le tournant de l'héritage colonial

« Casablanca 1907-1956 – La démesure d’un urbanisme » représente un défi relevé avec succès pour examiner la transformation de la ville de Casablanca et, à travers elle, du Maroc, depuis sa reconstruction par le sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah jusqu'à l'établissement du protectorat, dans le but de rendre compréhensibles les mutations majeures sur les plans structurel, fonctionnel et organisationnel. C'est ce qu'affirme Mohamed Haddy, professeur de l'enseignement supérieur à l'Institut national d'aménagement et d'urbanisme de Rabat, dans la préface du livre.


Casablanca. Crédit: Agence Imaginium / Le Desk


Cet essai offre une analyse approfondie de l'évolution de Casablanca, déconstruisant la vision coloniale et mettant en lumière les ajustements théoriques nécessaires, ainsi que les destructions humaines et socioculturelles. Ce travail scientifique réussi vise à rétablir des vérités et à revisiter des concepts souvent teintés de préjugés, allant au-delà des simples critères urbanistiques pour promouvoir l'objectivité.


Casablanca. Crédit: Agence Imaginium / Le Desk


L'exploration historique nous transporte bien avant 1907, révélant les destructions et reconstructions de la ville, son rôle dans les échanges internationaux, la frénésie de développement conduisant à un melting-pot mais également à une exploitation excessive du patrimoine foncier, à la spéculation et à une urbanisation précédant toute planification urbaine. Cette étude, réalisée par Ahmed Chitachni, spécialiste en anthropologie urbaine, offre une analyse rigoureuse et multidisciplinaire, éclairant non seulement l'histoire de la ville mais aussi celle du Maroc depuis le XVIIIe siècle, sans concession.


« Casablanca 1907-1956 – La démesure d’un urbanisme », de Ahmed Chitachni, éditions La Croisée des chemins, 150 DH.

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